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dernière mise à jour :
13 août 2008

4. Des fantasmes ou des faits ?


Pour le rêveur, penser magiquement sera donc de croire que les effets de sa volonté séparée sont bien réels ; autrement dit, que les événements qu’il perçoit sont des « faits » et non des fantasmes de son propre cru. Car chaque rêveur ne fait que jouer le rôle de l’opposant qui a réussi son plan pour vaincre Dieu. Pourtant, prendre sa pensée de haine comme un fait accompli concrètement visible n’est autre que magique – et faux de surcroît. Ce sont pourtant ces supposés faits qu’il met en scène quotidiennement, soit directement dans ses relations particulières, soit indirectement dans le spectacle de sa projection sur la scène du monde. Pour lui, toutes les images que ses yeux voient sont la représentation de faits qu’il prend pour réels. Cette obstination à leur accorder la seule réalité qui soit est due à ce que l’esprit du rêveur tient absolument à se prouver qu’il s’est substitué à Dieu, bien que les conséquences pour lui soient désastreuses : ayant vaincu Dieu – croit-il – il a désormais un mortel ennemi dont la vengeance va le poursuivre éternellement.

« Il ne pourra plus alors que dépendre de sa propre protection et se fabriquer un bouclier pour se protéger de la fureur qui ne pourra jamais diminuer, de la vengeance qui ne pourra jamais être assouvie.
Comment résoudre cet injuste combat ? Sa fin est inévitable car l’issue ne peut être que la mort. Comment peut-il croire alors à ses propres moyens de défense ? A nouveau, la magie doit aider. Oublie le combat : accepte-le comme un fait puis oublie-le. Ne te souviens pas que toutes les chances sont contre toi ; ne te souviens pas de l’énormité de « l’ennemi » et ne pense pas à ta fragilité en comparaison. Accepte ta séparation, mais sans te souvenir comment elle s’est produite. Crois que tu as gagné, mais ne garde pas le moindre souvenir de Qui est réellement ton grand « adversaire ». Projetant ton « oubli » sur Lui, il te semble que Lui aussi a oublié. »
M.17

Cet oubli magique permet au rêveur de substituer à ce Dieu vengeur – que son usurpation a fomentée – un autre Dieu-idole qu’il cloue sur la croix ou adore sur les autels, une idole à laquelle il prie et avec laquelle il entretient une relation particulière… et conditionnelle. Puis, substituant encore (de l’abstrait au concret), il passe sans transition de l’église à la banque, échangeant sa valeur spirituelle en valeurs vénales avec lesquelles il trafique un hypothétique salut. Les croyances niées ou oubliées ne disparaissent pas cependant, elles sont instantanément projetées par l’esprit sur l’écran du vide sous forme d’images symboliques qui sont perçues par le rêveur comme des faits concrets qui animent un « monde » souverain. Or les images que le monde donne à voir au rêveur sont uniquement révélatrices du contenu meurtrier de son système de penser magique et en démontrent le mécanisme aberrant. Si le rêveur pouvait regarder sans parti pris ni jugement (et surtout sans peur) le spectacle projeté sur l’écran de son monde personnel (ou de sa télévision, c’est plus facile) il pourrait reconnaître les croyances inconscientes qui sont dans sont esprit. A une condition toutefois : il doit absolument s’abstenir d’interpréter et de juger de leurs effets.

Car – et c’est là que doit s’appliquer la vigilance – ces effets ne sont pas des « faits » bien qu’ils apparaissent réels et concrets. C’est à ce moment-là que l’esprit du rêveur qui désire s’éveiller, aidé en cela par la vision de l’Esprit Saint, se doit de rectifier sa pensée quant aux conclusions qu’il tire de ce qu’il voit et qu’il se dise : ce fantasme cruel de destruction, d’abus et de mort n’étant pas la vérité, je peux donc y renoncer.

Comment y renoncer ? « Cesser, par une décision volontaire, de prétendre (à qqch.). Abandonner l'idée de… » dixit le dictionnaire Le Petit Robert. C’est clair : renoncer à une idée ou à un fantasme, c’est cesser d’y croire, par « décision volontaire », de prendre pour vrai ce qui ne l’est pas, i.e. defaire vrai ce qui n’est qu’une illusion. Evidemment c’est difficile ! Cette décision renvoie le rêveur à son besoin de faire, de fabriquer, sans l’assouvissement duquel son moi croit ne pouvoir exister ; ce qui est vrai d’ailleurs et explique pourquoi il ne veut pas vraiment y renoncer ! La magie vient donc à son secours et l’autorise à croire que ce qu’il fabrique est bien réel. Pourtant ne rêve-t-il pas d’un monde heureux et en paix ? Certes, il voudrait bien mettre fin aux conflits qu’il voit dans le monde au-dehors et l’exprime en manifestant contre les guerres, en brandissant des slogans, en signant des pétitions ou en affichant ses vœux pieux ; mais est-il prêt à renoncer à ses pensées de mépris, de jugements, de condamnation, de haine et de vengeance qu’il entretient au-dedans ? Est-il prêt à renoncer à son sentiment de supériorité ou, car c’est la même chose, à son sentiment d’infériorité ? Est-il prêt à renoncer aux avantages que lui procurent les retombées de la guerre (de toutes les guerres) et à ses multiples « droits » : droit au travail, droit au salaire, droit aux vacances, droit à la retraite, droit à payer moins pour obtenir plus, droit à « sa » différence à laquelle il tient plus qu’à sa vie même ? Ces différences de nationalités justement, ces différences culturelles, linguistiques, sexuelles, sociales et j’en passe, ne constituent-elles pas cela même dont son monde est fabriqué ? C’est cela la magie. Sans magie, pas de monde divisé et en conflit, pas de pays va-t-en-guerre imposant son hégémonie par la force ; pas de Bien, pas de Mal, pas de bons ni de méchants, pas de pauvres ni de riches. Sans magie, pas de profit, pas d’avantages, pas de privilèges et donc pas d’empire pour préserver son niveau de vie ! Le rêveur et le monde dont il rêve pourraient-ils seulement exister sans magie ?

Tant que le rêveur ne renoncera pas à sa croyance qu’il a réussi à vaincre Dieu et pris effectivement Sa place, les effets de sa pensée magique continueront, du moins dans sa perception, à se substituer aux Effets de la Pensée de Dieu. J’ai bien dit « dans sa perception », car en réalité il n’est rien arrivé du tout. Dieu est le seul Auteur de la Création qui n’est en rien troublée par le scénario dément du rêveur ; car ce dont le rêveur rêve est bien une illusion dont Dieu ne sait rien.

La difficulté rencontrée par le rêveur à considérer ces renoncements sérieusement provient de ce qu’il a oublié, et continue d’oublier, ce qu’il croit avoir fait. Comme dit Jésus dans le passage cité plus haut : Accepte ta séparation, mais sans te souvenir comment elle s'est produite. Crois que tu as gagné, mais ne garde pas le moindre souvenir de Qui est réellement ton grand « adversaire ». Projetant ton « oubli » sur Lui, il te semble que Lui aussi a oublié. C’est à cela que tient toute l’affaire, car l’oubli – qui n’est qu’une forme de déni – est le carburant de la pensée magique.

Peut-être vaut-il la peine de passer quelques instants à examiner le mécanisme du déni : en premier lieu nous savons que rien de ce qui est cru puis refoulé ne disparaît car toute croyance a un effet (bien qu’il soit irréel). A Course in Miracles enseigne que toute croyance niée est nécessairement projetée et que ces projections constituent le monde perçu par le rêveur. Cependant celui-ci ne reconnaît pas ce qu’il voit et ne comprend pas que ces choses apparemment concrètes sont les effets d’une cause qui est dans son esprit. C’est ce mécanisme qui lui semble abstrus, et pourtant il est au cœur même de la pensée magique.

Nous avons vu auparavant que la pensée de l’esprit divisé sert à inventer des images auxquelles l’esprit du rêveur donne un sens par le truchement de mots qui formalisent puis concrétisent cette division. Apparemment ce processus est inconscient, mais chacun peut en vérifier le mécanisme car il est clairement révélé dans les rêves rêvés la nuit. Pareillement, dans le plus grand rêve de son illusion, les pensées du rêveur sont projetées sous forme d’images – qu’il croit réelles cette fois – mais qui ne sont que les représentations symboliques de ses propres croyances-causes qu’entretient son esprit divisé. C’est ce processus magique – le passage de la croyance abstraite à l’image symbolique qui la représente concrètement – qui est oublié afin que ce projet (pour une fois réussi) puisse rester secret et que le rêveur puisse rêver son rêve. Ce qui fait qu’une multitude d’images symboliques se substituent à la croyance qui, elle, est oubliée, refoulée, niée, alors que les pensées imagées sont projetées hors de l’esprit ; ce sont ces images qui sont perçues et expérimentées au-dehors car elles donnent forme aux événements de la vie rêvée du rêveur, « vie » dont le motif central propre à chaque rêve est résumé ici par ce passage cité plus haut : Accepte ta séparation, mais sans te souvenir comment elle s'est produite. Crois que tu as gagné, mais ne garde pas le moindre souvenir de Qui est réellement ton grand « adversaire ». (M. 17)

Ainsi si la vie du rêveur est une lutte constante, une bataille engagée pour la réussite de son avenir, son bien-être, sa sécurité, sa survie même, c’est bien parce qu’il croit qu’il doit se protéger et même se défendre contre les représailles de cet « adversaire » qu’il a oublié certes, mais qu’il voit dans ces dénominateurs d’incertitude que sont les accidents, le hasard, la malchance, l’adversité, la fatalité, le destin. De sorte que chaque fois que le rêveur réussit à surmonter ce qui semble s’opposer à lui (quoi que ce soit) il se croit « gagnant » et exulte : c’est sa définition du bonheur. Ce serait donc à cela que servirait la pensée magique : que le rêveur gagne pour que Dieu perde. Et que se voulant l’auteur de sa réussite il tire gloire de ses accomplissements, tout en niant sa croyance coupable qu’il devra payer sa vie durant ; des « royalties » qui reviennent à l’Auteur dont il a usurpé la fonction.

« Mais que sera maintenant ta réaction à toutes les pensées magiques ? Elles ne peuvent que réveiller la culpabilité endormie que tu as cachée mais que tu n’as pas lâchée. Chaque pensée magique dit clairement à ton esprit effrayé : 'Tu as usurpé la place de Dieu. Ne pense pas qu’Il a oublié'. C’est ici que la peur de Dieu est la plus crûment représentée car, par cette pensée, la culpabilité a déjà placé la folie sur le trône de Dieu Lui-Même. Maintenant il n’y a plus d'espoir, sauf de tuer. Dès lors voici le salut: un père en colère poursuit son fils coupable. Tuer ou être tué, c’est le seul choix; il n’y en a pas d’autre car il est impossible d’échapper à ce qui a été fait. La tache de sang ne pourra jamais être lavée et quiconque porte cette tache sur lui ne peut éviter la mort. » M-17

C’est pourquoi la mort est vue comme une finalité qui met un terme à la souffrance du rêveur alors qu’elle n’est que la fin promise au héros de son scénario. Comme il n’accepte pas de reprendre la responsabilité de ses croyances démentes, le rêveur se croit injustement traité par les « faits » qu’il perçoit et, les interprétant comme la preuve de son échec, sa colère vient à nouveau alimenter sa haine ; ainsi le cycle infernal n’a d’autre option que de se perpétuer, ce dont le temps porte témoignage.

L’élève appréciera sans doute le don précieux que lui a fait Jésus en lui donnant son Cours afin qu’il apprenne que le monde fou qu’il perçoit n’est qu’un rêve dont il peut s’éveiller s’il renonce aux idées démentes auxquelles il croit, mais surtout qu’il accepte de les remplacer par celles que Jésus est venu lui enseigner :

« Souviens-toi (…) que la colère suppose une réalité qui n’est pas là, bien qu’elle soit le témoin certain que tu crois en cette réalité comme si elle était un fait. S’échapper devient alors impossible jusqu’à ce que tu voies que tu as réagi à ta propre interprétation projetée sur le monde au-dehors. Accepte que ce sinistre glaive te soit enlevé. Il n’y a pas de mort. Ce glaive n’existe pas. La peur de Dieu est sans cause, mais Son Amour est la Cause de tout ce qui est au-delà de toute peur, ainsi Il est à jamais réel et toujours vrai. » M-17




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