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 L'Éveil

 Michèle-Rose Wainhouse

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dernière mise à jour :
13 août 2008

2. Être ou avoir un corps

Ainsi la boucle est bouclée, car le système de penser du rêveur ne va nul part et ne peut que tourner perpétuellement en rond. Sous prétexte de communiquer ce qu’il désire, soit en usurpant la fonction du « père », soit en fusionnant avec la « mère », il ne fait que recycler l’attaque, or plus il attaque plus sa culpabilité augmente. Mais il lui faut sauver la mise s’il ne veut pas se retrouver sans relation particulière - un état qu’il ne peut même pas imaginer - car il se trouve secrètement confronté à cette évidence :

« Cette chose, que tu as fabriquée pour servir ta culpabilité se dresse entre toi et les autres esprits. Les esprits sont joints mais tu ne t'identifies pas à eux. Tu te vois toi-même enfermé dans une prison, séparé, isolé et inaccessible, incapable d'aller vers les autres et laisser les autres venir à toi. Tu hais la prison que tu as fabriquée et tu voudrais la détruire. Mais tu ne veux pas t'en échapper, la laissant sans blessure et sans la charger de ta culpabilité. Ce n'est pourtant que de cette façon que tu pourras t'échapper. La demeure de la vengeance n'est pas la tienne ; le lieu que tu as sélectionné pour abriter ta haine n'est pas une prison mais une illusion de toi-même. » T. 18-VI

Cette illusion de lui-même, le rêveur y tient pourtant puisqu’il a fait de son corps « lui-même » et que c’est à travers cette forme particulière qu’il escompte parvenir à ses fins : être Dieu à Sa place. Pour préserver son état particulier et ses relations particulières, tout en assouvissant son besoin de vengeance auquel il n’a pas encore renoncé, il coupe la communication en détournant les flèches verbales que sont ses mots de haine contre lui-même, ce corps-prison haïssable et support de sa culpabilité. Ne pouvant détruire « l’autre » qui lui fait face au risque de perdre ses privilèges, il va souffrir lui-même de ses propres mots d’attaque qui vont ainsi devenir ses maux. Il fait d’une pierre deux coups : il se venge de l’autre en lui faisant porter la responsabilité de sa souffrance ou de sa maladie, attaques non dites qui vont pourrir la relation tout en renforçant son état séparé, garantissant ainsi la continuation (infernale) de sa relation particulière. Il se venge aussi de Dieu, car les maux et la maladie prouvent la réalité corporelle du rêveur au détriment de la réalité spirituelle de son être spirituel ; c’est ainsi qu’il préfère avoir raison plutôt que d’être heureux (T. 29-VII)

« L'ego perçoit chaque chose comme un ensemble séparé, sans la relation qu’implique être. Aussi est-il contre la communication, sauf quand elle est utilisée pour établir son état séparé au lieu de l'abolir. Le système de communication de l'ego, comme d'ailleurs tout ce qu'il édicte, est fondé sur son propre système de penser. Le besoin qu'il a de se protéger lui-même contrôle sa communication, et s'il se sent menacé il interrompra la communication. Cette interruption sera une réaction à une ou à plusieurs personnes spécifiques. La façon spécifique de penser de l'ego entraîne alors une généralisation fallacieuse qui n'a réellement rien d'abstrait. Il réagit simplement de façon très spécifique à tout ce qu'il perçoit comme étant apparenté. » T. 4-VII

Maintenir l’efficacité de son système vengeur et destructeur exige du rêveur un énorme effort car il est obligé de ramer à contre-courant si l’on peut dire. Il s’arc-boute, se bloque et se ferme à ce qui est naturel, à ce qui le constitue – l’esprit communiant avec lui-même – pour maintenir par son identification au corps un état aberrant : un moi séparé qui est projeté sur le corps.

« Les esprits sont joints, pas les corps. C'est seulement en attribuant à l'esprit les caractéristiques du corps que la séparation semble possible. L'esprit semble alors fragmenté, individuel et seul. Afin de maintenir la séparation à l'esprit, et ainsi l'empêcher de reconnaître son Identité, la culpabilité qui sert à maintenir l'esprit séparé est projetée sur le corps qui souffre et meurt parce qu'il est attaqué. L'esprit ne peut pas attaquer mais il peut inventer des fantasmes et diriger le corps à les incarner (…) En cela l'esprit est clairement mystificateur. Il ne peut pas attaquer, mais il insiste qu'il le peut en utilisant ce qu'il fait pour faire mal au corps et prouve ainsi que c'est possible. L'esprit ne peut attaquer mais il peut se mystifier lui-même. Et c'est ce qu'il fait lorsqu'il croit avoir attaqué le corps. Il peut projeter sa culpabilité mais ne s'en débarrasse pas en la projetant. Et bien qu'il soit évident qu'il perçoive à tort les fonctions du corps, il ne peut pas changer sa fonction pour qu'elle soit différente de celle que l’Esprit Saint a établie. Le corps n'a pas été fabriqué par l'amour. Mais l'amour ne le condamne pas et peut même l'utiliser de façon aimante, respectant ce que le Fils de Dieu a fait en l'utilisant pour le sauver des illusions. » T. 18-VI

C’est cela que celui qui désire s’éveiller a de la difficulté à accepter et peut-être même à comprendre : comment confier l’usage meurtrier qu’il fait de son corps et de son système de penser à l’Esprit Saint pour qu’Il l’utilise de façon aimante et le guérisse de ses illusions. Car la question qui revient toujours – question qui suscite toujours la même réponse d’ailleurs – énonce clairement la résistance de l’élève à confier toutes ses décisions à l’Esprit Saint. Or il ne se souvient de l’Esprit Saint et de Son pouvoir à l’aider que lorsqu’il fait l’expérience douloureuse ou angoissante de l’échec de son projet, quelle qu’en soit la forme apparente. Mais dès que tout va bien pour lui tel qu’il en a lui-même établi les moyens, il oublie tout ce qu’il a appris sur le fonctionnement mystificateur de son système de croyances et tombe dans le piège en confiant les rênes à son ego.

Peut-être, aussi, l’élève n’a-t-il pas pris l’exacte mesure de l’usage meurtrier qu’il fait de son corps et ne voit donc pas clairement la nécessité de confier sa fonction à l’Esprit Saint telle qu’Il la comprend.

« Il est dément d'utiliser le corps comme le bouc émissaire de la culpabilité, dirigeant son offensive tout en l'accusant de ce que toi tu souhaitais faire. Il est impossible d'incarner des fantasmes. Car ce sont encore les fantasmes que tu veux, or ils n'ont rien à voir avec ce que fait le corps. Il ne rêve pas d'eux et tes fantasmes ne peuvent qu'en faire un handicap alors qu'il pourrait être un atout. Car les fantasmes ont fait de ton corps ton « ennemi » : faible, vulnérable et traître, digne de la haine que tu as investie en lui. Comment cela t'a-t-il servi ? Tu t'es identifié avec cette chose que tu hais, l'instrument de ta vengeance et la source perçue de ta culpabilité. Tu as fait cela à une chose qui ne signifie rien et, en faisant d’elle l’objet de ta vengeance, tu as proclamé qu'elle est la demeure du Fils de Dieu. » T. 18-VI

Doit-il attendre de se trouver sur son lit de mort pour que sa vindicte à affirmer sa supériorité contre Dieu s’émousse et se relâche pour profiter de ce qui lui revient de droit en tant que Fils du Père ? En fait, son problème se résume à cette simple question : veut-il être ou exister ?

L’esprit est ; le corps (l’individu) existe. Être est illimité dans l’éternité ; exister est limité dans le temps, dont c’est la fonction. Être est le propre du Fils de Dieu ; exister, c’est obtenir des privilèges. Être en Dieu ou exister contre Dieu ; voilà le choix. Avant de pouvoir s’éveiller du rêve de l’illusion, l’élève doit faire ce choix. S’il fait le « bon » choix, l’Esprit Saint pendra toutes ses relations en charge et les transformera en relations saintes.

« Exister, tout comme être, repose sur la communication. Pourquoi, comment et avec qui la communication est jugée en valoir la peine est spécifique à l'existence. Être est complètement en dehors de ces distinctions. C'est un état dans lequel l'esprit est en communication avec tout ce qui est réel. Dans la mesure où tu permets que cet état soit amputé, tu limites le sens de ta propre réalité, qui n’est totale que lorsque tu reconnais toute la réalité dans le contexte glorieux de son rapport réel avec toi. Voilà ce qu’est ta réalité. Ne la profane pas et ne recule pas devant elle. Elle est ta demeure réelle, ton temple réel et ton Soi réel. » T. 4-VII


COMMUNICTION & BLESSURE - Droits de reproduction, d’adaptation, et de traduction, intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. ©Avril 2008

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