dernière mise à jour : 1er fevrier 2012
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MICHÈLE-ROSE WAINHOUSE

 

Après trente années d’étude approfondie du contenu métaphysique de l’enseignement de Un Cours en Miracles, d’application de ses principes psychologiques, de consentement renouvelé à reconnaître et à apprendre les leçons qui me sont données journellement, de remise en cause de mes valeurs, et par conséquent du renversement conscient de mes croyances, les effets de cette métanoïa dont je fais l’expérience se traduisent par l’élargissement de la fonction intuitive de l’intellect, inhérente à la vie de l’esprit et à ce que je sais désormais être : une part d’esprit qui revendique son appartenance à l’Esprit, guidé en cela par cette certitude, cette Voix intérieure, que le Cours nomme l’Enseignant, le Consolateur ou encore l’Esprit Saint, qui n’est autre que Soi-Même – ma seule Identité. Bien que je ne puisse partager mon expérience personnelle, dont la nature est indicible, je peux partager mon cheminement et encourager ceux qui en font la demande à devenir conscients de leur propre itinéraire afin qu’ils fassent aussi l’expérience initiatique qui leur apportera la paix de Dieu, condition absolue à la connaissance de Soi. Car si, comme le dit si clairement l’Introduction au Texte de Un Cours en Miracles, le seul besoin de chacun est de découvrir les obstacles qu’il fabrique lui-même – pour justifier son refus de l’Amour, de la Connaissance et de la Volonté de Dieu – pour qu’ils soient reconnus, puis apportés à la lumière de la compréhension consciente et de la raison. Là, ils ne peuvent que se dissoudre, car ils ne sont faits que de chimères et d’illusions.

Cette constante pratique m’a convaincue que l’efficacité de l’apprentissage à l’identification spirituelle que propose cet enseignement repose sur l’engagement, la constance, la persistance, l’honnêteté, la rigueur, la vigilance et la foi. Le renversement de la perception qu’il suscite ne pourra toutefois véritablement survenir tant que la mise en pratique de ces conditions ne sera pas fondée sur le quotidien. L’attention consciente, i.e. la constante vigilance de l’esprit à ce qui est perçu et aux conclusions qu’il tire de ses perceptions – à chaque instant, dans chaque situation et sans exception – permet de remettre en cause les justifications aux comportements qui entretiennent l’attaque et la culpabilité, puis de comprendre que les jugements sur lesquels ces attaques contre soi-même sont basées ne servent qu’à préserver cette culpabilité. C’est aussi l’admission sans compromis que tout ce qui est perçu – donc projeté, donc imaginé – est dépourvu de sens et ne peut être réel ; c’est pourquoi rien n’a besoin d’être désiré, attaqué ou protégé. En attribuant une autonomie, c’est-à-dire une réalité distinctive et présomptueuse à l’individualité-moi et au corps qui la représente, le sens du Tout a été perdu ; or c’est en reconnaissant sa totale dépendance au Tout, donc à Dieu et à son Amour, que l’élève de ce cours peut ouvrir la serrure qu’il avait apposée sur son esprit. Plotin, lui, l’expliquait en ces termes :

«Ne dis plus de toi-même : « Jusqu’ici, c’est moi ». En rejetant ce qui te détermine, tu es devenu Tout. Et pourtant, déjà auparavant tu étais Tout, mais parce que, précisément, quelque chose s’était ajouté à toi en plus du Tout, tu étais devenu moindre que le Tout par cette addition même. Car cette addition n’était pas addition appartenant à l’ordre du Tout (qu’ajouterait-on en effet à ce qui est Tout ?), mais addition qui était addition de non-être. Devenu « quelqu’un », et précisément par une addition de non-être, on n’est plus le Tout, sauf si l’on rejette tout ce qui est autre que le Tout et, si tu rejettes cela, le Tout te sera présent. »[1]

Ma recherche sur le sens des symboles, puis ma découverte des archétypes de croyances, m’a permis de comprendre que l’esprit divisé fonctionne selon un système relativement restreint – constitué de douze archétypes dont le Zodiaque est le modèle symbolique –, prévisible et commun à tous.[2] Ces archétypes sont suffisamment repérables[3] pour que chacun puisse les reconnaître en lui-même et apprendre de la sorte qu’ils sont factices et trompeurs et ne servent qu’à maintenir cet illusoire « quelqu’un » dont parle Plotin. Ce sont ces croyances archétypales qui s’ajoutent au Tout et, parce qu’elles le déterminent, font du « moi » ce non-être. Or, c’est précisément de cela dont chacun doit assumer la responsabilité avant d’accepter que sa perception puisse être changée et remettre toutes affaires courantes au principe spirituel en lui. Il n’est pas compliqué pour celui qui veut s’en donner la peine – mais je ne dis pas que cela soit facile – de reconnaître que les comportements, les émotions et les ressentis qu’il imagine lui être propres et qui définissent l’image qu’il se fait de lui-même, ne sont que les effets apparents d’une cause erronée mais cachée sous formes de symboles dont la fonction est justement de lui dissimuler ce qu’il croit, pour qu’il ne sache pas qu’il le croit. « Plus tu en apprendras sur l’ego, plus tu te rendras compte qu’il est impossible d’y croire »[4], or cesser de croire à ce qui n’est pas vrai est bien le seul moyen pour que l’esprit endormi puisse s’éveiller à la réalité du Soi, à sa Présence au Tout.

Outre l’expérience de la paix intérieure, ou la paix de Dieu, l’effet certain du pardon, par annulation de la croyance en la séparation entre celui qui perçoit et ce qui est perçu et donc à la réalité d’un moi particulier, est un doux acquiescement à être cette Unique Pensée d’Amour dont Dieu est l’unique Cause. L’esprit qui s’éveille en se souvenant de son unité apprend à ne rien rejeter de ce qu’il perçoit mais à l’observer pour le comprendre, à l’apprécier, puis à l’accepter avec amour[5] et, par la cohérence et la clarté de sa pensée, à l’intégrer comme une part de lui-même. C’est ce qu’enseigner m’a appris, comme c’est aussi l’exigence de l’écriture qui n’est après tout qu’une représentation graphique de cette cohérence de l’esprit. Ces mots écrits, qu’ils soient sous forme d’essais, d’articles, de traductions ou des poèmes, sont les dons d’amour de ma compréhension que j’offre en retour au Tout qui me les donna. Ce sont les formes que prennent pour moi l’initiation à « la vie de l’esprit », qui seule vaut d’être vécue et par laquelle Tout est appréhendé et aimé.

Extrait de LA VIE DE L’ESPRIT, publié à compte d’auteur en 2002

 


[1]Ennéades VI 5, 12, 18. Traduction Pierre Hadot

[2]Le sens de ces douze archétypes n’est aucunement associé aux définitions de l’astrologie traditionnelle.

[3] Cette recherche est présentée dans mon livre UN CHANT RAVISSANT 

[4]A Course in Miracles, T.7–VIII

[5]A Course in Miracles, T. 7–V