dernière mise à jour : 2 mai 2012
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La Traversée

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59 pages, format A4.
En vente exclusive sur ce site par téléchargement : 20 euros

La Traversée

Soyez passants aurait dit Jésus, sous-entendu ne vous arrêtez pas en chemin, ne vous attachez pas aux rôles qui vous sont attribués, n’essayez pas de rendre éternel ce qui est éphémère, ne faites pas réel ce qui ne l’est pas. Traversez ce monde légèrement, joyeusement ; sa destruction n’est pas sa fin, car il n’est pas ce qu’il paraît être. Allez au-delà des apparences.

Chacun voit le monde par le bout sélectif de sa lorgnette personnelle, dont la perception kaléidoscopique déforme ce qui est véritablement là. Ce qui est un se voit alors dédoublé, réfracté en de multiples images, miroitant à l’infini leurs reflets vertigineux d’inférences et d’analogies. La fascination et l’attrait qu’exercent ces images chimériques font qu’elles semblent plus réelles que l’on pense l’être soi-même. Le puissant désir de les posséder leur donne valeur et prix ; s’identifier à ce qu’elles représentent semble alors digne d’investissement. C’est lorsque le « passant »  ne peut résister à ses désirs qu’il se retrouve pris au piège de son illusion ; il est alors obligé d’investir de plus en plus de lui-même pour protéger son rêve, pour le faire « vrai » au détriment de la réalité de son Être

Les hommes […] ne font-il donc qu’un déplacement le long d’une ligne continue entre la naissance et la mort par le truchement d’une illusion d’espace-temps : l’espace de la scène et la durée de temps, entre l’entrée et la sortie ? Leur traversée prend-elle fin passé la porte du tombeau ? Peut-on véritablement affirmer que leur passage s’effectue entre un point de départ, leur entrée dans le monde et un point d’arrivée, leur sortie du monde ? On pourrait en douter puisque se pose continuellement la question de savoir ce qu’il y avait avant le départ et ce qu’il y aura après l’arrivée. Se pourrait-il que ce déplacement à travers l’espace-temps soit la métaphore d’une autre traversée, dont l’enjeu est quelque fois pressenti par ceux qui sont conscients de jouer un rôle parce qu’ils savent que les ombres n’ont que l’apparence du vrai, ce qui les rend attentifs à en accepter les augures ? Cette traversée-là ne pourrait donc avoir de but ni de fin, elle devrait être sans limite et ne pourrait dépendre de l’espace-temps. Elle ne ferait pas recours au passé, pas plus qu’elle ne pourrait reposer sur le futur. Est-il concevable qu’il y ait un au-delà du monde qui ne promette ni récompense ni punition ?

Illustration,
La Traversée, dessin encre (2006)
Michèle-Rose Wainhouse